(14 avril 2008) Au début du mois de décembre 2008, le film Punisher War Zone est sorti dans les salles américaines. Il s’agit du troisième long métrage consacré à ce personnage de comics qui vit le jour dans les pages du mensuel Amazing Spider-Man en 1974. Troisième film certes, mais en aucun cas troisième chapitre. Car contrairement à Spider-Man ou au X-Men sur grand écran qui s’inscrivent, pour le moment, dans le cadre d’une trilogie, cette version du Punisher n’est pas la suite des deux films qui l’ont précédé, films qui eux-mêmes ne se suivaient pas (ça va, tout le monde suit ?). A croire qu’aucune version n’était jugée satisfaisante pour qu’on redéfinisse le personnage à chaque version. Et il est vrai que chaque film nous laisse sur notre faim quand il ne déçoit pas dans son intégralité, les fans espérant un Frank Castle aussi radical que chez Steven Grant ou Garth Ennis (scénaristes de renoms qui ont œuvré de belle manière sur le titre en bandes dessinées) et qui se retrouvent avec un avatar jamais convaincant. Alors, ce nouveau Punisher allait-il être d’une autre trempe ou continuer dans la lignée des adaptations de comics qu’il vaut mieux oublier. C’est ce que nous allons voir plus loin. ![]() Dans les comic books, Frank Castle est un ancien béret vert s’étant illustré au Vietnam. Rendu à la vie civile et profitant d’un pique-nique en famille à Central Park, Castle et sa famille sont pris sous les tirs croisés de deux bandes rivales venues régler leurs comptes. Seul survivant du carnage, Castle décide d’entreprendre une croisade contre le crime sous toutes ses formes. Un point de départ simple et limpide, déclencheur d’un futur carnage. Personnage de seconde zone lors de ses premières apparitions papier, sa cote de popularité grimpe et le personnage obtient son propre magazine, multipliant même les titres (Punisher, Punisher War Journal ou encore Punisher War Zone) et les apparitions dans d’autres revues publiées chez Marvel Comics Group. Le passage au cinéma semble donc aller de soit d’autant plus que les difficultés inhérentes à tous les autres films adaptés de personnages de comics (les effets spéciaux essentiellement ou la crédibilité des costumes parfois très chatoyants) paraissent ici mineures tant il s’agit de réaliser un vigilante movie dans la lignée des Death Wish chers à Charles Bronson, le côté survitaminé en plus. Mais bon, les choses ne sont pas si simples et on va constater une fois de plus que sans un minimum de respect envers l’œuvre d’origine, on ne peut pas réaliser une bonne adaptation. Le Punisher (1989) : Les
hostilités cinématographiques
débutent donc en 1989 à une période
durant laquelle on ne fait pas encore grand
cas des licences Marvel qui se
traînent toujours, et à raison, une sale
réputation au vu des divers résultats
(que je ne vous rappellerai pas ici, il vous suffit de surfer sur le
site Comic Screen pour voir
quelques jolies
perles Marvel des années 60 à la fin des
90’s). Le Punisher
sur grand écran
n’est pas envisagé dans le cadre d’un
gros budget et c’est une série B qui ouvre
le bal. Rien de mal à cela. Après tout il vaut
mieux un petit budget bien fichu
qu’un blockbuster indigeste. Le film est
réalisé par Mark
GoldBlatt (Flic ou Zombie) et
interprété par Dolph
Lundgren (le géant blond
révélé
par Rocky IV et cantonné
depuis au
marché du direct-to-video). Ce n’est pas vraiment
ce qu’on peut qualifier d’une
distribution de rêve mais bon, le buzz de
l’époque, qui ne bénéficiait
pas
d’Internet, mettait suffisamment l’eau à
la bouche (notamment via des magazines
ciné comme le défunt et regretté Starfix)
pour qu’on ait envie de voir le film. L’histoire
débute alors qu’un
mafieux notoire vient d’être relaxé par
la justice et qui ne manque pas de
fanfaronner devant les caméras de
télévision. Ce même média
qui rappelle au
passage que depuis plusieurs années sévit un
personnage qui décime les rangs de
la pègre : le Punisher. Mythe ou
réalité ? Le truand passé au
travers
des mailles de la justice ne tarde pas à avoir la
réponse puisque ses hommes et
lui, de retour au bercail, sont méthodiquement abattus par
un homme agissant
dans l’ombre. Seul signature : une dague
à tête de mort laissée sur un
cadavre. Côté police, on s’interroge sur
l’identité du Punisher
et notamment un officier qui pense que son ancien
co-équipier, Frank Castle, n’est pas
étranger à l’affaire. Quelques
années plus
tôt, Castle a vu sa famille périr dans
l’explosion de leur voiture et passe
lui-même pour mort. Alors que l’enquête
sur le Punisher ne progresse pas
d’un iota, Gianni Franco, patron du crime
reconnu est de retour en ville avec une idée en
tête : réunir les familles
en une seule afin de cesser les guerres de gangs. Des nouveaux venus
dans la
partie, Yakuzas de leur état, ne l’entendent pas
de cette oreille et décident
d’être actionnaires majoritaires dans le business
du crime. Mais le Punisher est sur
le point d’arbitrer la
partie de la plus impitoyable des manières. En fait le gros problème du film vient en partie du choix de l’acteur principal. Physiquement, Dolph Lundgren a pourtant la carrure pour enfiler les bottes du Punisher. La carrure certes, mais pas le charisme. Prendre un acteur blond pour interpréter un personnage brun ne poserait pas de problème si le maquillage n’était à ce point évident. Teinture brune bon marché sur les cheveux et les sourcils, le tout rehaussé par une fausse barbe de 3 jours faite au crayon qui ne parvient pas à masquer le glabre du sieur Lundgren n’aident pas à crédibiliser le personnage. Le pire dans tout ça reste quand même son jeu d’acteur complètement inexistant, se contentant d’un regard vide et d’un débit de paroles monocorde. La scène la plus éloquente à ce propos reste celle du dialogue en cellule entre Castle et son ex-partenaire interprété par Louis Gosset Jr. qui lui, assure le minimum syndical pour rendre sa colère crédible alors qu’en face le Dolph semble refuser de jouer correctement ne serait-ce que quelques minutes. On en vient à se demander si la colère de Gosset Jr. est due à son personnage en rogne contre Frank Castle ou si l’acteur s’énerve contre le non-jeu de son partenaire. Cependant, quand il évite les répliques sans conviction, que son visage n’est pas éclairé en pleine lumière et qu’il se bat, à mains nues ou avec les armes qui lui tombent sous la main, on en oublierait presque qu’il n’est pas l’homme de la situation.
Mais au bout du compte, quid de la fidélité aux comics me direz-vous ? Eh bien, elle n’a certainement pas été le principal souci de l’équipe du film. Le passé d’ancien combattant du Vietnam du héros est passé à l’as. Il faut dire qu’au début des années 90, le Viet Vet ne fait plus forcément recette (les states ayant pansé leurs plaies d’un point de vue cinématographique). Cela dit, ce ne sont pas les conflits qui manquent pour lui créer un passé de soldat qui aurait rendu plus crédibles ses techniques de combat éprouvées. Mais non, Franck Castle est flic, un point c’est tout. Le massacre de la famille Castle est ici montré en flashback et s’avère bien différent de celui de la bande dessinée. La femme et les enfants de Frank Castle périssent dans une explosion planifiée par le milieu. Le hasard de la mort de sa famille (au mauvais endroit au mauvais moment dans les comics) n’en est plus un ici ce qui atténue quelque peu le sentiment d’injustice éprouvé. Côté look, exit le fameux costume et place à une tenue tendance biker, très cuir, qui à l’époque en jetait quand même un peu sur l’affiche mais c’est tout. La tête de mort ornant la poitrine du Punisher a disparu et on ne la retrouvera que sur les poignards qu’il distribue avec générosité. Ce manque de décorum est un brin gênant et nous fait parfois oublier que le personnage adapté est le Punisher de Marvel Comics et non pas un justicier vengeur parmi tant d’autres. Le Punisher (2004) : Raconté
comme ça, on se dit que
ça va charcler. Et là, forcément, on
risque d’être déçu. Et pas
seulement par
la mollesse ambiante de l’action mais également
par les choix scénaristiques
plus ou moins idiots. Alors que Castle réapparait
miraculeusement soigné par un
guérisseur local et qu’il revient pleurer sur les
lieux du drame, il décide de
venger sa famille. Première action du justicier
éploré : il investit un
immeuble d’Howard Saint et jette littéralement
l’argent par les fenêtres pour
montrer à quel point il n’est pas là
pour plaisanter. Bof ! Le reste est
du même tonneau. Au lieu de passer de suite en mode guerre et
foncer dans le
tas pour dessouder du malfrat, Castle se la joue Monsieur Phelps de
Mission
Impossible en manipulant son petit monde. Et c’est ainsi
qu’il monte des
truands cubains contre le blanchisseur Howard Saint, et Howard Saint
contre sa
femme et son homme de main. Et quand on voit la logistique mise en
place
(fausse bouche d’incendie pour garder une place de parking,
stationnement
illégal pour faire écoper la femme du
méchant d’un PV, photos compromettantes
et chantage) on se demande si les scénaristes
n’ont pas été formés
à l’école de La
caméra invisible
ou de Surprise sur prise. Et quand
ça commence
à bouger c’est à la limite du risible.
Saint envoie deux tueurs aux trousses de
Castle. Un mariachi échappé de Desperado
et un Russe élevé aux hormones de croissance.
Directement inspiré de l’histoire
de Garth Ennis et Steve Dillon dans les comics,
l’affrontement contre le Russe,
grand moment d’humour noir dans la bande dessinée,
tourne ici au burlesque en
manque d’inspiration qui confine au ratage total. Puisant sa
source dans le
story-arc Welcome back Frank !,
le Punisher trouve ici refuge dans
un
immeuble où il sympathisera avec trois de ses occupants.
Mais une fois de plus,
le film ne parvient pas à trouver le ton de
Donc, pendant la quasi-totalité du film, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent. Et puis, à 10 minutes de la fin, les responsables du film se souviennent qu’ils réalisent le Punisher et non pas Navarro et du coup le personnage se réveille et dézingue du truand dans la joie et l’allégresse. Flèches, poignard, explosifs et gros calibres, tout y passe. Les méchants s’éteignent et le Punisher s’éveille. Un peu tard cependant. Trop tard ? Le monologue final annonce une suite qui ne devra pas faire dans la demi-mesure. En fait, elle ne se fera pas du tout malgré un succès des ventes en Dvd. Tant mieux ? On ne le saura jamais mais si la même équipe était partante, l’affirmative est de rigueur. Dès le générique, le ton est donné. Découpé nerveusement et alternant les flashs télévisés et le Punisher en train de s’équiper lourdement, il annonce la suite des hostilités. Le héros entre en action dès les premières minutes et ça fait mal. On ne pourra s’empêcher de noter une certaine similitude dans l’introduction avec la version Dolph Lundgren (infos télévisées et massacre des truands à domicile) mais il n’y a pas photo en ce qui concerne la forme. Punisher War Zone ne fait pas dans la dentelle. Et c’est tant mieux. Non pas que le fan du personnage (j’en suis) soit forcément assoiffé de sang mais quand il s’agit de Frank Castle on s’attend quand même à un minimum de dégâts. Et pour y en avoir, il y en a. Les têtes explosent et les vertèbres se brisent, le tout à l’aide d’un arsenal des plus variés allant du simple coup de poing dévastateur au lance-roquettes pour malfrat en voltige. On comprendra aisément que le film n’est pas conseillé à un jeune public voire à un public sensible mais adapter le Punisher au plus proche nécessitait un traitement public « averti ». Le personnage évolue en tout cas dans un cadre qui lui est propre, urbain et sombre, sans jamais renier son origine comics traduite ici par le choix de certains éclairages récurrents qui donne un aspect particulier au métrage. Si le film ne faiblit que très rarement en rythme et ménage de jolies scènes d’action on pourra toutefois émettre quelques petites réserves qui n’entachent toutefois pas la qualité générale. Quelques éléments du scénario qui ne sont pas ou pas assez exploités comme l’arrivée d’une soi-disant nouvelle drogue sur le marché qui semble un point important au départ et dont on ne parle pour ainsi dire plus trop par la suite ou encore le personnage interprété par Julie Benz qui aurait mérité un peu plus d’importance et d’épaisseur. Le dernier bémol concerne les méchants de l’histoire qui s’avèrent plus amusants que véritablement effrayants. Il aura donc fallu trois versions (et visions) d’un même personnage pour tomber enfin sur LE film du Punisher. Finalement l’adaptation la plus couillu est le fait d’une femme aux commandes. En plus de livrer une adaptation qui ferait passer les autres pour des productions Disney, Lexi Alexander nous offre un film qui colle au plus près du matériau d’origine. Et la fidélité s’avère payante. En tout cas d’un point de vue artistique car les chiffres sont ici impitoyables et les entrées insuffisantes aux states en plus d’une distribution limitée voire inexistante dans le monde, condamnent le film à ne pas avoir de suite. Dommage, car il le mérite. Reste à espérer que les ventes de Dvd changent un jour la donne. A noter que le Dvd et le Blu-Ray sont disponibles à la vente en Zone 1. N’hésitez pas à vous le procurer toute affaire cessante. Ce ne sera que justice. Pour une fois. Le Padre
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